Trouver des alternatives au gazon, oui, mais pourquoi ?
Tout d’abord pour proposer différentes solutions aux particuliers et aux collectivités, mais surtout car le gazon a de nombreux défauts comme les pesticides utilisés, le temps d’entretien et le coût sur la durée.
L’histoire du gazon a commencé en Angleterre. Un gazon vert vif et bien ras, c’est un idéal d’un jardin bien entretenu et parfait. Selon Therese O’Malley dans son essai intitulé “The Lawn in Early American Landscape and Garden Design” la pelouse se serait exportée aux Etats-Unis avec la colonisation.
Cette mode déjà très populaire en France et en Angleterre est arrivée dans les prairies américaines autrefois naturelles et peu entretenues.
Des éleveurs y ramenèrent des bovins, des chevaux, et l’herbe des prairies n’étant pas habituée à ces animaux, mourut. Ce phénomène intensifia l’export du gazon jusque dans les contrées les plus lointaines.
Aujourd’hui, l’idéal du gazon est resté ancré dans les esprits et perdure toujours. Que ce soit dans des espaces privés comme des jardins, ou publics comme les voies de tramway, les terrains de sport ou les bordures de routes, le gazon est présent un peu partout, et même dans des endroits aux conditions climatiques peu adaptées, comme au Qatar pour les terrains de football de la coupe du Monde 2022.
En effet, on se laisse souvent avoir par son prix abordable, le gazon valant dans la plupart des cas entre 2 et 6,5 euros par m², et l’on en oublie le coût élevé d’entretien, une tonte d’une heure coûtant de 25 à 50 euros en moyenne.
Manque d’information à ce sujet ? Problème de disponibilité, ou tout simplement idéal persistant ? Dans certains cas, on en vient même à peindre le gazon lorsqu’il jaunit. Ce n’est peut-être qu’une vision que l’on associe au paysage et à ce que doivent ressembler nos espaces de vie, qui s’est forgée avec l’apparition de plus en plus d’espaces gazonnés partout dans le monde.
Les pesticides du gazon qui se trouvent tout autour de nous sont nocifs pour la santé. Absorbés dans le corps, par la bouche, la peau ou les voies respiratoires, ils peuvent provoquer des effets comme la fatigue, la nausée, l’irritation des yeux et de la peau, les maux de têtes… L’argent investi au long terme est colossal, car il s’ajoute au matériel, qui peut aller de 150 à plusieurs milliers d’euros et à la pose du gazon. La main-d’œuvre nécessaire s’ajoute aux défauts du gazon : il a besoin d’être tondu une fois par semaine en automne et au printemps, et une fois par mois en été pour conserver une hauteur inférieure à 5 cm.
A une époque où l’on recherche des solutions écologiques et où l’eau se raréfie (selon l’Organisation Météorologique mondiale, en 2050 plus de 5 milliards de personnes auront des difficultés à avoir de l’eau potable), il faut trouver des alternatives au gazon.
“ En 2050, plus de 5 milliards de personnes auront des difficultés à avoir de l’eau potable”
OMM, Organisation Météorologique Mondiale
De nombreuses alternatives pour les particuliers et les publics existent déjà pour pallier les problèmes causés par le gazon. Par exemple, les moquettes ou mousses végétales, qui sont plus résistantes sur la durée mais coûtent plus chères, peuvent être placées sur les terrains de sport où les endroits souvent piétinés. Il existe aussi plus de soixante variétés de graminées.
Des plantes appelées plantes couvre-sol peuvent être une bonne alternative pour les bordures de route. Quant aux espaces plus décoratifs, on peut y installer des prairies fleuries, ou des vivaces comme à Eguzon, où une prairie fleurie a été plantée près d’une base de plein air.
Toutefois, une question se pose maintenant : les mairies vont-elles pouvoir faire face aux difficultés pour s’informer et trouver des alternatives abordables ? Pourront-elles être suffisamment accompagnées si elles veulent changer ?
Interrogée après une annonce sur l’arrosage d’une voie de tramway gazonnée au Mans pendant la canicule, la première adjointe de la ville Christine Poupineau, a répondu :
“ Si on devait refaire ce gazon, cela nous coûterait près de trois millions d’euros.” Problème d’argent, alors ? (Ouest France, le 15/08/22)
« Si on devait refaire ce gazon, cela nous coûterait près de trois millions d’euros.”
Christine Poupineau, première adjointe à la mairie du Mans
En tout cas, de nombreuses alternatives souvent inconnues du grand public pourraient bien venir démoder le gazon ces prochaines années.